Prévention

Le Guatemala peut-il sortir
de la violence qui l’étrangle ?
Quelques pistes et actions...

LUTTE CONTRE L’IMPUNITÉ &
LA CORRUPTION :
DES AVANCÉES FRAGILES

La violence se nourrit de la corruption et de l’inefficacité du système judiciaire.
L’impunité est la règle et les Guatémaltèques ne croient plus en la justice.
Seuls 2% des affaires de crimes traitées par le Ministère public et les tribunaux vont jusqu’au procès.

La corruption se retrouve dans tous les rouages de l’État guatémaltèque. Les réseaux criminels illégaux et groupes de pression sévissent au sein des institutions, des aéroports, des prisons, du bureau du procureur, de la police, et dans les tribunaux.

L’État est si faible,
avec si peu de moyens financiers et d’institutions fiables qu’il ne peut assumer seul la lutte contre la corruption. Les intérêts de quelques privilégiés pèsent toujours bien plus que l’intérêt général.

« Stop à l’impunité, ça suffit »

En 2006, une Commission internationale Contre l’Impunité au Guatemala, la CICIG, a été mandatée par les Nations unies afin d'enquêter et de démanteler des organisations criminelles qui seraient responsables non seulement du crime généralisé, mais aussi de la paralysie du système judiciaire et des infiltrations dans les institutions étatiques.

La CICIG a déjà procédé à de nombreuses enquêtes qui ont notamment permis l’arrestation d’Alfonso Portillo, président de la République de 2000 à 2004, accusé d’avoir détourné 70 millions de dollars.

La CICIG gêne. Elle est depuis sa création l’objet de critiques virulentes et d’actions pour interdire ses activités qualifiées d’ « anticonstitutionnelles ».

En juin 2010 Carlos Castresana, le juriste espagnol
qui présidait la CICIG, a démissionné, considérant que
l'Etat guatémaltèque avait rompu son engagement à combattre l'impunité en nommant comme Procureur général Conrado Reyes qu'il pense lié au narcotrafic.
Conrado Reyes n’a pas pris ses fonctions et c’est Claudia
Paz y Paz, une femme issue de la société civile, qui a finalement été désignée par l’ex- Président Alvaro Colom.

La juge ordonne
la détention à domicile
du général Efrain Rios Montt.

Jugé pour génocide.

Amnesty International continue à demander la fin de l'impunité pour tous les responsables présumés de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité commis pendant le Conflit armé. Elle continue d’exiger que les autorités guatémaltèques enquêtent pour amener les responsables, à tous les niveaux de la chaîne de commandement, à rendre des comptes sur le rôle qu'ils ont joué dans les crimes de guerre et crimes contre l'humanité perpétrés pendant la guerre civile.

UNE RÉPRESSION INEFFICACE

Otto Perez Molina, ancien général de l’armée, élu Président du Guatemala en novembre 2011 à la tête du “Parti patriote”, a annoncé une politique de fermeté extrême face à la violence, symbolisée par le sigle de sa formation : un poing fermé. Il a promis de faire appel aux commandos d’élite de l’armée si nécessaire.
La militarisation de la sécurité publique est un aveu d’impuissance pour les institutions démocratiques.

Depuis une dizaine d’années, la répression est la principale réponse des autorités à la violence.

Les politiques de répression ont échoué. Elles tentent d’exercer un contrôle sur la population au lieu de développer une politique qui améliorerait les conditions de vie. Rien ne vient détourner les jeunes de la violence : une éducation de qualité et compétitive, la création d’un véritable marché du travail, une santé accessible, des programmes d’aide aux jeunes entrepreneurs…

Des mareros abandonnent la délinquance

150 d’entre eux travaillent dans des entreprises.

Quelques initiatives qui vont dans le bon sens ont vu le jour sous la pression internationale : les Tribunaux spéciaux instaurés en 2008 par la Loi contre le meurtre de femmes. Sans oublier le travail d’associations et d’ONG sur le terrain, qui, avec peu de moyens, pallient à l’absence de réelles politiques sociales et contribuent à créer du lien dans certains quartiers.
Grâce à leurs programmes, d’anciens mareros ont pu suivre des formations et trouver du travail en entreprise.

« Le gouvernement ne fait rien. L’indifférence est terrible. La question, aujourd’hui, c’est que faire en tant que citoyens ? Notre motivation c’était de participer à la construction d’une société meilleure pour notre pays. Donner une opportunité à des gens qui n’en n’ont pas. Qui vivent reclus dans des zones toutes proches, où il n’y a ni travail, ni espoir. Si nous ne les aidons pas, que va t-il se passer ? Encore plus de violence ? »

Carla S, directrice de communication d’une boulangerie industrielle
qui a embauché 4 ex-mareros.

ARMÉE & DÉPÉNALISATION CONTRE LE NARCOTRAFIC

En transit vers les Etats-Unis, la drogue est stockée au Guatemala. Pour lutter contre le trafic, le nouveau gouvernement prévoit de déployer dans les régions les plus touchées des unités spéciales de l’armée comme les « kaibiles » et les parachutistes. Il compte en outre « appliquer la loi contre le crime organisé », qui prévoit l’utilisation d’agents infiltrés, d’écoutes téléphoniques et de livraisons contrôlées.

Plus inattendu, en avril 2012, l’appel du nouveau Président à la dépénalisation et à la régulation du marché des drogues, à l’image de ce qui se fait pour l’alcool et le tabac.
Appelant de ses voeux une réflexion internationale motivée par l’échec des politiques actuelles, Otto Pérez Molina a obtenu une fin de non recevoir des Etats-Unis, de la Russie et de la Grande Bretagne mais a bénéficié d’une oreille plus attentive au sommet de l’Organisation des Etats américains (OEA).

LIMITER
LA CIRCULATION DES ARMES :
UNE AFFAIRE INTERNATIONALE

Depuis le Conflit armé, il est encore trop facile de se procurer des armes au Guatemala.
On estime qu‘1,8 million d’armes à feu seraient en circulation, ce qui favorise une criminalité au taux particulièrement élevé.

Très peu d’efforts ont été faits en matière de désarmement. La seule démarche mise en œuvre pour récupérer des armes date de 1997, lorsque la mission d’observation des Nations unies a supervisé le désarmement d’unités de groupes armés. Cela a permis de rassembler environ 1 500 armes et 535 000 grenades et munitions de petit calibre.

La police saisit des armes des Zetas (cartel de la drogue mexicain) à Zacapa. Un arsenal de guerre.

Le Guatemala a par ailleurs continué d’importer de grandes quantités de pistolets, revolvers et munitions, en provenance d’Allemagne, d’Argentine, de République populaire de Corée, de République Tchèque, de Slovaquie, des Etats-Unis, d’Israël, d’Italie, du Mexique et de la Turquie. Ces armes sont utilisées par les forces militaires et de sécurité mais aussi commercialisées par les marchands d’armes à feu du pays.

Le Guatemala n’est pas un cas isolé. Dans de nombreux pays, il est facile de se procurer des armes parce que ce commerce mondial, juteux et profitable est encore trop mal régulé, encadré et contrôlé. Parce que le lien entre armes et violations des droits humains est évident, de nombreuses ONG, dont Amnesty International, ont lancé il y a plus de dix ans la campagne « Contrôlez les armes ». Elle vise l’adoption par les Nations unies d’un traité international sur les armes.

Il ne s’agit pas d’empêcher ce commerce mais de le réguler. Les Etats ont le droit de s’armer, ne serait-ce que pour protéger leurs citoyens. Mais un tel traité doit permettre d’empêcher les transferts d’armes susceptibles d’entraîner des violations des droits humains. En juillet 2012, la conférence des Nations unies n'a pas permis l'adoption définitive du traité. Une base solide a cependant été posée et la mobilisation continue pour veiller à l'adoption d'un texte fort dès 2013.

L’incidence sur des terrains tels que le Guatemala ne serait certes pas immédiate mais ce traité vise une prévention globale et de long terme. S’il est adopté, dans les conditions posées par les ONG, les engagements des Etats et des entreprises seront alors réels, tout comme les moyens de les contraindre.

LES ACTEURS
DE LA PRÉVENTION

De nombreuses organisations, nationales et internationales,
contribuent indirectement ou luttent sur le terrain pour
enrayer la violence et l’impunité au Guatemala.

A l’International

Amnesty International

Créée en 1961, Amnesty International, mouvement mondial et indépendant, rassemble plus de 3 millions de personnes qui œuvrent pour le respect, la défense et la promotion des droits humains.

Son champ d’intervention, initialement limité aux prisonniers d’opinion, s’est étendu l’ensemble des droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels inscrits dans la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948.

Prix Nobel de la paix en 1977, Amnesty International est indépendante de tout gouvernement, de toute tendance politique et de toute croyance religieuse, ce qui lui permet de dénoncer les violations des droits humains en toute impartialité.

Son financement repose sur le soutien financier de ses donateurs et membres. Elle n'accepte aucune subvention ou don d'Etats, de partis politiques et ne sollicite pas les entreprises.

www.amnesty.fr

En France

Le Collectif Guatemala

Le Collectif Guatemala est une association loi 1901, créée en 1979 par des réfugiés guatémaltèques et des militants français des droits humains à Paris. Le principal objectif de l’association est le soutien aux organisations du mouvement social du pays dans leurs efforts pour construire un Etat de Droit.
Au Guatemala, à la demande des groupes ou personnes, le Collectif Guatemala accompagne des défenseurs des droits humains menacés.
Le Collectif Guatemala a mis en place des ateliers vidéos destinés à former les membres d’organisations communautaires à la réalisation documentaire.

Le Collectif Guatemala produit des film-documentaires, outils de campagne et de sensibilisation au Guatemala comme en France, réalisés par Grégory Lassalle, journaliste et membre du Collectif Guatemala (voir la filmographie)

En France, le Collectif Guatemala informe et sensibilise le public français sur la situation politique et sociale du Guatemala, la situation des droits humains et l’action des organisations populaires, autochtones et paysannes, notamment au travers de son bimestriel d’information Solidarité Guatemala, l’organisation de campagnes pour soutenir les organisations de la société civile guatémaltèque qui luttent pour la justice et un Etat de droit, conférences, formations, projections documentaires…

www.facebook.com/pages/Collectif-Guatemala/306648622711418
Contact : collectifguatemala@gmail.com

Au Guatemala

Caja Lúdica

Interculturelle, multidisciplinaire et inter générationnelle, Caja Ludica accompagne des actions locales de formation ou de travail social. Sa stratégie : utiliser l'art, le jeu et la diversité culturelle dans toutes les interventions auprès de la société civile, afin de participer à la construction d'une culture de paix.

www.cajaludica.org

CALDH (Centro para la Acción Legal en Derechos Humanos)

Son objectif : promouvoir l’exercice et la défense des droits humains fondamentaux, l’accès à la justice, la mémoire historique, la déconstruction de la discrimination, du racisme et de toute forme d’oppression, par et pour une participation citoyenne. Actions juridiques aux côtés des victimes et témoins des massacres durant le conflit armé. Outre ce combat pour la justice, CALDH a lancé en 2010 une campagne de soutien et de défense des droits et de l’expression des jeunes au Guatemala, « Nous sommes la jeunesse » (« Somos Juventud »).

www.caldh.org

CIIDH (Centro Internacional de Investigaciones de Derechos Humanos)

Créé en 1993, il a pour objectif de soutenir le travail de la société civile dans le domaine des droits de l’homme, à travers entre autres ses enquêtes sur le passé et le Conflit armé, le suivi des Accords de Paix, la recherche des disparus lors du Conflit armé et le suivi de ses victimes.

www.ciidh.org

CONACMI (Asociación Nacional Contra El Maltrato Infantil)

Cette association développe des actions de prévention et de suivi psychologique auprès des enfants et adolescents victimes de violences, maltraitances et abus sexuels. Elle mène également des projets de sensibilisation au sein des écoles.

www.conacmi.org

ECAP (Groupement d’Etudes Comunautaires et d’Action Psychosociale)

L’ECAP développe des actions sociales destinées aux personnes ayant subi des violences psychosociales et de graves violations des Droits de l’homme. Ses objectifs : contribuer à la constitution d’une mémoire historique, favoriser l’exercice de la justice et renforcer les personnes en tant qu’acteurs sociaux pour permettre l’évolution vers une société démocratique et une culture de la Paix.

www.ecapguatemala.org

Fundación Sobrevivientes

Formée par des femmes survivantes de tous types d’abus, cette ONG soutient les femmes et filles maltraitées, battues, violées ou victimes de tentative de meurtre. Leur mission est de stopper toute forme de violences faites aux femmes, en luttant contre l’impunité et en apportant aux femmes un appui légal, des conseils et des programmes spéciaux pour les aider à améliorer leur vie. L’objectif est de contribuer à la mise en place de politiques publiques efficaces. Sobrevivientes suit l’application des engagements internationaux du Guatemala en matière de droits des femmes et des enfants.

www.sobrevivientes.org

ICCPG (Institut d’Etudes Comparées en Sciences Penales du Guatemala)

Association non lucrative et académique, l’ICCPG mène des activités d’études, de formations et de conseil dans le domaine de la justice pénale, de la sécurité et des Droits de l’Homme. Afin de favoriser un changement de politique criminelle au Guatemala elle intervient dans différents domaines :

Renforcement de la politique pénale en accord avec les principes d’un Etat social et de droit; développement de méthodes alternatives de résolution de conflits et lutte contre la violence d’Etat; reconnaissance du pluralisme juridique; renforcement des organes administratifs et juridiques pour éradiquer l’impunité; et renforcement de la participation de la société civile à la construction d’une société démocratique.

L’ICCPG est reconnu au niveaux national et international pour sa capacité de proposition dans le domaine des politiques publiques et pour sa position critique et constructive en ce qui concerne la justice sociale et pénale. Elle lutte également pour la démilitarisation ou la sécurité démocratique au Guatemala. L’ICCPG prend position contre la torture, la peine de mort et les executions extrajudiciaires, qui touchent en majorité les populations les plus fragiles : les femmes, les mineurs et les personnes d’origine indigène.

www.iccpg.org.gt

SEDEM (Seguridad en Democracia)

SEDEM est une ONG qui travaille sur le contrôle démocratique des services de sécurité et des services secrets au Guatemala. Elle compte des journalistes, des défenseurs des droits humains et des professeurs en Sciences sociales. Leur mission : promouvoir des pratiques qui consolident le système de sécurité en démocratie à travers le renforcement et la formation de réseaux citoyens, la communication et l’information, tout en prenant en compte les facteurs de genre et la pluralité culturelle du Guatemala.

www.sedem.org.gt

ODHAG (Oficina de Derechos Humanos del Arzobispado de Guatemala)

Son objectif : favoriser les processus d’ « empowerment » (« prise de pouvoir ») des populations défavorisées et promouvoir les droits humains par des actions de terrain, afin de lutter contre l’exclusion.

www.odhag.org.gt

UDEFEGUA (Unidad de Proteccion a defensores de Derechos Humanos)

Cette ONG travaille sur la sécurité des défenseurs des droits humains en fournissant formation, protection et accompagnement en cas d’agression ou de menaces. Son objectif : mobiliser institutions et communauté internationale sur les atteintes et dangers auxquels les défenseurs des droits humains font face et obtenir un appui approprié à leurs besoins. Sa directrice, Claudia Samayoa, a notamment travaillé sur le thème de la violence et des jeunes. Elle a rédigé et dirigé une enquête intitulée « Exécutions extrajudiciaires de jeunes stigmatisés en Amérique Centrale. Etude de la situation au Guatemala, Salvador et Honduras en 2009” (“Ejecuciones Extrajudiciales de jóvenes estigmatizados en Centroamérica, Estudio de Situación de Guatemala, El Salvador y Honduras 2009”), publiée en juillet 2011.

www.udefegua.org

DES LIENS
POUR APPROFONDIR

Pour approfondir la question de la violence au Guatemala,
l’histoire et les pistes de prévention.